Party de bureau

Voilà maintenant plus de deux semaines que je ne vous ai pas donné de nouvelles. Certains diront pas de nouvelle, bonne nouvelle. Dans ce cas-ci, c’est tout à fait vrai !

Hoi an est une ville environ à mi-chemin entre Ho Chi Minh Ville et Hanoi. Épargnée par la guerre, elle est toutefois régulièrement victime d’inondations, ce qui fait son charme. Les murs extérieurs en ciment peint aux couleurs vives sont usés par la crue des eaux et laissent aux plantes grimpantes une surface idéale. Les rues sont étroites et en soirée, tout véhicule motorisé y est strictement défendu.  Cela fait contraste avec toutes les autres villes où le trafic ne semble jamais avoir de fin.

Toutefois, ce n’est pas le décor pittoresque, ni les terrasses bon marché, ni la plage aux cocotiers qui attirent les gens à Hoi An. C’est plutôt son industrie du vêtement. Pour chaque dépanneur, il y a trois couturiers. On y trouve tout ce qu’on veut, à la moitié du prix et fait sur mesure ! Vous cherchez une paire de souliers Nike, pas de problème ! Ce ne sera pas des originaux, évidemment, mais ils seront moulés à votre pied.

Après deux mois et demi de voyage, les quatre t-shirts et les deux paires de shorts que vous aviez au départ n’ont plus le même look et vous inspirent autant qu’un bac de vaisselle sale. C’était donc le moment idéal pour refaire sa garde-robe, où plutôt son sac à dos.

Pour dix dollars, vous avez une chemise dans le tissu que vous voulez, sur mesure, toujours. Donc vous dites oui. Pour le même prix, une paire de shorts. C’est encore une aubaine. Oui. Pour vingt-cinq dollars, un veston coupé comme vous voulez. Oui encore. Pour trente-cinq dollars, un manteau en feutre. On ne peut quand même pas dire non ! Résultat, une facture salée et plus de vêtements que notre sac peut contenir.

J’ai aussi décidé de me faire faire un complet. Pour cent quarante dollars, cela inclut le veston, le pantalon et la chemise. Et c’est fait avec un soin surprenant. On prend d’abord vos mensurations. Le lendemain matin, vous devez vous représenter pour un premier ajustement afin de déterminer où iront les boutons, voir les défauts, ajuster ceci et agrandir cela. Deux heures plus tard, c’est l’heure du deuxième ajustement, où on s’assure que le tout soit parfait. Au besoin, il peut y avoir un troisième essayage, en fin d’après-midi.

Ce soir, là, exceptionnellement, l’ensemble des magasins de la chaîne fermait à dix-sept heures, car c’était leur party de bureau annuel. Mon dernier ajustement était prévu pour dix-sept heures moins vingt. Je devais simplement prendre possession du costume et payer. C’était avant que la vendeuse découvre un minuscule défaut du tissu au milieu du dos. Si j’avais eu le temps, je serais revenu le lendemain, mais puisque notre autobus quittait en matinée, il fallait faire vite. C’est donc trois personnes, la vendeuse, le coursier (aussi appelé commissionnaire par certains) et le tailleur qui sont restés afin de me rendre mon dû à temps. À dix-huit heures trente, on sortait enfin de la boutique.

— On est désolé de vous avoir fait manquer le début de du party.

-Ça ne fait rien. Si vous voulez, vous pouvez nous y accompagner.

-Euh, d’accord, pourquoi pas !

C’est ainsi qu’on s’est retrouvé dans notre premier party de bureau vietnamien. Le tout se déroulait dans ce qu’on pourrait décrire comme un gymnase avec une scène au bout. Selon nos estimations, il devait y avoir au moins quatre cent cinquante Vietnamiens et deux étrangers. On aurait dit deux smarties dans une boîte de glosettes. L’étonnement a très rapidement laissé sa place à l’enthousiasme et les bières arrivaient à nous de tous les côtés. Cette soirée-là, on voyait l’effet bénéfique de remercier ses employés. La foule était en liesse et acclamait le patron lorsque celui-ci se présentait sur scène pour chanter (ou plutôt hurler) un succès local. La bière coulait à flot et la nourriture était abondante. Téméraire, j’ai même mangé la tête du poulet dont personne ne voulait. Je comprends maintenant pourquoi.

On trouvait très agréable de manger aux côtés de la vendeuse, du couturier et du coursier, mais nous avions un autre souper prévu pour vingt heures avec Léo, français d’origine et installé depuis quelques années au Vietnam. Son bar n’étant pas encore prêt pour l’ouverture, il a profité de mon séjour prolongé à Nha Trang pour réquisitionner les services de Carl. Pour le remercier, il nous avait invités à souper ce soir là. C’est à cet homme qu’appartient maintenant Black Velvet. Carl lui a cédé moyennant cinq millions de dongs et la promesse d’en prendre le plus grand soin.

Et c’est en autobus que nous nous sommes dirigés vers Hanoi.

Je me fais un devoir d’être plus assidu pour les prochaines semaines. Au programme, wakeboard dans la baie d’Halong.

Santé !

Laurent

3 Commentaires

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3 réponses à Party de bureau

  1. mom denise

    quel plaisir de te relire enfin
    je vous baise la main à genou de bien vouloir prendre le temps de nous décrire quelques unes de vos péripéties. oh merci encore merci
    demiose

  2. Benny

    Dommage que tu aye vendu ta moto, ça aurait été hot sur agasse pissette en complet :P

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